Pour Chérif Hamed Haïdara, les critiques sur les opérations menées par Cissé Bacongo relèvent de la « récupération politicienne ». Il plaide pour des HLM connectés au futur TGV.
Le ton est martial, le verbe acéré. Chérif Hamed Haïdara, président du Rassemblement Démocratique Ivoirien (RDI) n’a pas attendu longtemps avant de monter au front. Dans une interview accordée à la presse ce jeudi 10 juin, il a volé au secours de Cissé Ibrahim Bacongo, ministre-gouverneur du District d’Abidjan, dont les opérations de déguerpissement dans les zones à risques déchaînent les passions. Et il n’a pas fait dans la dentelle pour épingler l’opposition.
« Ceux qui ont échoué n’ont pas de leçons à donner »
« Seriez-vous contre le peuple ? » La question claque. La réponse de Haïdara fuse : « Je ne peux pas être contre le peuple, alors que je me bats chaque jour pour apporter des solutions adaptées aux besoins de ce même peuple. » Le patron du RDI, qui se prévaut d’un « travail de proximité », y voit surtout une manœuvre : « Notre position dérange certains individus. Ces gens-là qui veulent profiter de la situation pour tirer sur eux-mêmes le drap. »
Sans les citer, il vise les anciens caciques du pouvoir. « Ces gens ont géré ou contribué à la gestion de ce pays, au plus haut niveau. Ils se trouvent des alibis pour justifier qu'ils n'aient pu résoudre la situation. Mais ce que nous connaissons aujourd'hui découle, en partie, de leur négligence. » La charge est lourde : « Quand on a échoué quelque part, le bon sens voudrait qu'on ne nargue pas celui qui essaie de corriger nos insuffisances. »
Pour Haïdara, l’équation est morale : « Entre une vie et des intérêts égoïstes, c'est plutôt à la vie qu'il faut accorder la primauté. » D’où son « soutien réaffirmé » à Cissé Bacongo.
La saison des pluies, un faux procès ?
L’argument de la temporalité, déguerpir en pleine saison des pluies, ne convainc pas le RDI. « Nous n'avons jamais dit que c'est la période appropriée », concède Haïdara. Mais il pose aussitôt le dilemme : « Faut-il laisser des familles entières dans des zones à risques, exposer leurs vies à des éboulements, à des inondations, ou anticiper en les forçant à quitter ces lieux ? »
Il assure que « la sensibilisation et des sommations de partir » ont eu lieu, mais que « les personnes concernées ont ignoré royalement ces mises en demeure ». Conclusion : « Les autorités ont donc pris leurs responsabilités. Le but n'est pas d'humilier des frères et sœurs, mais plutôt les protéger. »
Au passage, il dénonce une « campagne de dénigrement de la Côte d’Ivoire » menée par des politiques qui voudraient faire croire que le pays est « inhumain, xénophobe ». Il tient aussi à distinguer les déguerpissements des zones à risques de l’affaire Koumassi Grand Campement, où « des maisons ont été rasées par des particuliers, dans des conditions floues ». Des individus « recherchés par la justice », précise-t-il, tout en marquant sa « solidarité aux populations » de Koumassi.
TGV et HLM : la solution du RDI
Alors, que faire face aux « pleurs et grincements de dents » ? Haïdara sort sa carte maîtresse : un plan logement. Le RDI « suggère la construction de quartiers pour les personnes économiquement faibles », des « Habitations à Loyers Modérés (HLM) en remplacement des sicobois ou des habitations en matériaux fragiles ».
L’originalité ? Arrimer ce projet aux futures infrastructures. « Avec l'avènement du métro et du train à grande vitesse (TGV), des zones reculées du Grand Abidjan pourraient abriter ce projet. Même des villes au-delà. » Le calcul est simple : « Si le TGV assure la liaison entre Abidjan et Yamoussoukro en 45 minutes ou s'il va jusqu'à Bouaké en 1 heure, ces populations peuvent être relogées dans ces villes et venir travailler à Abidjan. »
Reste à « répertorier des sites convenables et identifier clairement les personnes impactées ». Un chantier titanesque, mais qui, selon le RDI, éviterait de confondre urgence sécuritaire et précarité sociale.
Dans une Côte d’Ivoire où la question du foncier et de l’habitat reste explosive, la sortie de Chérif Hamed Haïdara repositionne le RDI dans le débat. Allié affiché du pouvoir sur ce dossier, il ouvre un front contre une opposition accusée de « récupérer » la détresse des déguerpis. La bataille de l’opinion, elle, ne fait que commencer.
Orso Kanon